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Salle de presse - Lettres à l'éditeur

Le 9 mars 2007

(Traduction d’une lettre envoyée au rédacteur en chef du Financial Post)

Monsieur,

M. Libin a tort quand il prétend que Postes Canada exerce un monopole en imposant des tarifs frauduleux (« rip off rates ») qui paralysent le cybercommerce canadien (« The Joke’s on us : Did you hear the one about the profit-maximizing postal monopoly whose high prices crippled a nation's e-commerce infrastructure? » [Traduction] Le dindon de la farce, c’est nous : connaissez-vous celle du monopole postal maximiseur de profits dont les tarifs exorbitants paralysent l'infrastructure cybercommerciale du pays ?)) - Financial Post Magazine, 1er mars 2007).

Le marché canadien de la livraison de colis est, de fait, l’un des plus concurrentiels du monde et, pour obtenir sa part, Postes Canada rivalise avec de grandes et puissantes sociétés multinationales, comme UPS, FedEx et DHL, sans compter la pléthore de petits acteurs régionaux et locaux. Oui, pour respecter son obligation d'assurer un service universel conformément à la Convention postale universelle, Postes Canada jouit du privilège exclusif de livrer les lettres pesant moins de 30 grammes (et même cette disposition est assujettie à de nombreuses exceptions). Mais c’est à cela que se limite son « monopole ». Qui plus est, ce privilège ne peut avoir (parce que l’utilisation des revenus provenant de ce privilège exclusif pour financer notre secteur des colis est interdite par la loi), ni n’a aucune influence sur le commerce électronique qui implique la livraison de colis et qui fait l’objet de l’article de M. Libin. Conséquemment, nos services de colis sont offerts dans la plus pure tradition de la libre-concurrence et ils sont tarifés en conséquence.

M. Libin poursuit en comparant les tarifs des services d’expédition intérieurs et transfrontaliers canadiens aux tarifs des services intérieurs des États-Unis offerts par le United States Postal Service (USPS), en concluant que les tarifs américains peu élevés montrent bien la nature préjudiciable de la tarification de Postes Canada. Cette comparaison ne tient tout simplement pas la route. Certes, cette situation s’applique aux cybercommerçants canadiens qui vendent des produits sur le marché continental, comme les utilisateurs d’eBay dont il est question dans son article. Toutefois, il est purement et simplement impossible de comparer un utilisateur d’eBay canadien qui vend un produit à un Californien depuis le Canada et qui, en conséquence, est obligé de payer les tarifs d’expédition des envois du régime international, avec un utilisateur d’eBay des États-Unis qui offre un produit concurrentiel et le fait livrer dans son propre pays au moyen d’un service d’expédition américain.

Tant les administrations postales que les services de messagerie privés structurent leurs réseaux de traitement et de livraison selon une échelle nationale. Passer d’un réseau à un autre augmente les coûts, sans parler du dédouanement, qui les fait monter encore davantage. Il n’est pas rare qu’un service de livraison américain coûte le double ou le triple d’un service comparable au Canada et, là encore, Postes Canada se comporte bien face à la concurrence.

Comparer les tarifs canadiens avec ceux des États-Unis présente d’autres pièges. Héritage d’une politique nationale visant à subventionner la « transmission des connaissances », l’USPS, par le truchement de son service Media-Mail, continue de subventionner l’expédition de livres, de cassettes, de CD et de DVD, qui représentent la plus vaste catégorie de ventes de « faible valeur » sur eBay. Consciente de l’évolution du monde des communications, il y a longtemps que Postes Canada a abandonné ce genre de politique. Postes Canada ne subventionne pas les services d’expédition selon le contenu du colis expédié.

M. Libin parle de l’impact « dévastateur » des hausses tarifaires de Postes Canada au cours des cinq dernières années, mais il oublie de mentionner l'impact des taux de change sur le cybercommerce transfrontalier. Il y a cinq ans, lorsque notre dollar valait 70 cents américains, les utilisateurs canadiens d’eBay pouvaient assumer les coûts plus élevés de l’expédition de colis aux États-Unis. Ce n’est plus possible maintenant, puisque l’écart entre nos dollars s’est resserré, mais voilà, ça fait partie des réalités du commerce transfrontalier. L’impact relatif des hausses tarifaires ne s’y compare même pas.

Compte tenu de ces faits, Postes Canada encourage activement la croissance du cybercommerce au Canada. Comme entreprise de livraison, c’est dans son intérêt. « Arnaquer » (« gouge ») les utilisateurs d’eBay ? Au contraire : Postes Canada a établi un partenariat stratégique avec eBay dans le but d’intégrer le paiement des frais d’expédition dans les opérations en ligne des utilisateurs d’eBay-PayPal. Non seulement cette association offre-t-elle des avantages pratiques et des gains de temps substantiels aux acheteurs et aux vendeurs qui passent par eBay, mais elle permet aussi aux utilisateurs d’eBay d’économiser de 8 % à 9 % sur leurs coûts d'expédition.

De plus, Postes Canada est fière d’avoir été choisie comme partenaire d’expédition par des détaillants comme Chapters.Indidgo.ca, Amazon.ca et Zip.ca. Contrairement à ce que M. Libin prétend, ces sociétés ont d’autres options sur le marché et Postes Canada doit faire ses preuves non seulement du point de vue du prix, mais aussi en ce qui concerne sa capacité d’intégrer, d’innover et d’assurer un service fiable.

Il est vrai que Postes Canada a réalisé un profit de près de 200 millions de dollars; c’est tout à fait conforme au mandat que lui confère la loi, soit d’assurer l’autofinancement de son exploitation. On parle ici de recettes de près de six milliards de dollars découlant d’activités exécutées par plus de 70 000 employés. C’est dans ce profit que Postes Canada puise le dividende qu’elle doit verser à son actionnaire – notre gouvernement. Cette manière d’agir correspond-elle aux affirmations de M. Libin selon lesquelles Postes Canada « vole les recettes des commerçants du secteur privé pour se remplir les poches » [Traduction], ou évoque-t-elle plutôt les pratiques d’une entreprise bien gérée ?

John Swettenham
Directeur général, Stratégies et planification du marketing
Division des colis
Postes Canada